L’expérience de l’émerveillement

Traduction de Livia Adinolfi


Comment peut-on rechercher l’émerveillement?

Un jour, je suis allée dans le parc où je me promène souvent – avec précisément cette intention. J’étais prête à saisir des moments de beauté et d’émerveillement, à les photographier, à observer tout le processus… Mais rien ne s’est produit ce jour-là. Bien que la nature soit toujours là, belle et généreuse, rien n’a particulièrement attiré mon attention.

Cette petite déception a fait naître en moi le doute que l’intentionnalité puisse être un obstacle : peut-être l’émerveillement ne peut-il être recherché. Ou plutôt : si on le cherche, on ne le trouve pas.

J’essaierai ensuite de revenir sur d’anciennes promenades au cours desquelles je suis tombée par hasard sur “l’émerveillement”, et en essayant d’identifier des éléments récurrents, j’ai individualisé une liste d’indices qui caractérisent l’expérience de l’émerveillement. En y  cherchant  un dénominateur commun …

Le premier indice est simple et confirme mon soupçon d’intentionnalité : je ne cherchais rien de spécial et je n’attendais rien. Simplement, quelque chose s’est produit, ou alors j’ai remarqué quelque chose, sans raison apparente.

Le deuxième indice toujours présent est une sorte de vide intérieur, nécessaire pour permettre à l’émerveillement de se manifester. Mon esprit n’était pas occupé par les mille pensées habituelles. Peut-être que parfois j’étais si fatiguée que je ne pouvais pas penser, d’autres fois je profitais d’un dimanche matin sans engagement… Bref, pour une raison quelconque, l’esprit était calme. Je pourrais définir cette qualité comme un vide sensible et réceptif.

Troisième indice : l’émerveillement se révèle à travers les détails et les petites choses. Il  est délicat, il aime jouer à cache-cache, il n’aime pas le bruit et la précipitation.

Quatrième indice : il passe par les sens, il s’agit donc d’une expérience esthétique plutôt qu’intellectuelle.

Je pourrais même me risquer à établir un lien avec la beauté, si le mot “beauté” ne me semblait pas trop complexe et en même temps trop commun, difficile à définir. Il est peut-être plus utile de rechercher dans les expériences d’émerveillement des qualités esthétiques récurrentes que j’associe personnellement à la beauté.

J’en ai trouvé au moins trois :

– Le vent et le mouvement de l’air

– Une lumière particulière (très chaude mais pas trop forte) interagissant avec certaines surfaces, créant des ombres et des transparences.

– Et bien sûr, les feuilles. Pas n’importe quelle feuille, mais “cette” feuille, à ce moment et à cet endroit précis, de ce même point de vue et à travers “cette” lumière.

Je me demande si chaque personne possède ses propres qualités esthétiques associées à l’expérience de l’émerveillement. Peut-être que ces éléments esthétiques personnels sont en quelque sorte liés à nos racines, aux lieux où nous sommes nés, à nos premières rencontres avec le monde.

Cinquième indice : je me suis sentie immergée dans ce que je regardais, comme si les frontières devenaient moins définies et que mon ego disparaissait pendant une fraction de seconde. Je n’étais plus Roberta Pucci, née à Fano, atelieriste, etc. J’étais juste une conscience qui observait. Pendant quelques instants, même la perception du temps semblait altérée, une petite oasis de temps suspendu. 

Ce sentiment est aussi accrocheur que fragile. Il disparaît facilement, surtout si on essaie de le capturer avec une vidéo ou une photo.

Voici donc le sixième indice : même la photographie peut être un obstacle à l’expérience de l’émerveillement. Pour quelle raison ? Je pense que c’est à cause du point de vue de l’observateur extérieur que l’on doit adopter.

Pour photographier quelque chose, en effet, comme une feuille, je dois l’observer avec une certaine distance, c’est-à-dire me positionner “en dehors” d’un rapport avec cette feuille, en me remettant dans mes chaussures et en la regardant à travers l’objectif.

Tout cela me fait penser à certains contextes éducatifs, où l’enseignant déverse une mer de mots, de questions, d’observations sur les enfants, tout en prenant des notes et des photos pour documenter, peut-être au moment même où un enfant est attiré par quelque chose et est sur le point d’éprouver ces sentiments très subtils qui viennent d’être décrits. Je pense qu’en tant qu’éducateurs spécialisés dans l’éducation des enfants, nous devrions prendre davantage soin de protéger ces moments précieux et délicats. Il est vrai que l’émerveillement est le début d’un apprentissage significatif, mais c’est avant tout de l’oxygène pour notre âme et non un outil pédagogique!

Enfin, une question : où se produit l’émerveillement ?

Dans mon cas, au contact de la nature, notamment dans certains jardins que j’aime ; mais peut-être que chacun a ses propres endroits particuliers. 

Peut-être que l’émerveillement est potentiellement partout, mais que seules certaines rencontres peuvent l’activer, ou que nous pouvons le trouver grâce à un certain état d’esprit ?

Et si l’extraordinaire se cachait dans l’ordinaire ?

Comment ces indices et notre expérience personnelle peuvent-ils nous aider à reconnaître l’émerveillement des enfants, à le protéger et à le valoriser ?

J’aimerais savoir ce que vous en pensez et peut-être ajouter d’autres indices à cette carte.

Je vous souhaite de faire de bonnes rencontres avec l’émerveillement, sans le chercher, en gardant les yeux, l’esprit et le cœur ouverts.

Cet article est disponible en version vidéo sur la chaîne YouTube de Robertapuccilab. 

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